Au CCLJ

Marek Halter, l'homme aux mille et une vies

Lundi 11 Février 2019 par Géraldine Kamps

Le dimanche 17 février 2019 à 15h, l’écrivain et conteur Marek Halter sera au CCLJ pour nous présenter ses mémoires, intitulées Je rêvais de changer le monde (éd. Robert Laffont). Un livre passionnant qui nous fait revivre les grands moments de l’histoire à travers les rencontres et les engagements de ce petit garçon originaire de Varsovie qui a fini par côtoyer les plus grands.

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    Un de vos cousins lointains vous a dit un jour : « Si les Juifs ne changent pas, ils mourront, il ne faut jamais subir l’histoire ! » Est-ce cela qui vous fait courir ?

    Un peu, oui. Il faut se rappeler que les Grecs ont inventé la notion d’espace. Les Juifs ont introduit la notion du temps, jusque-là considéré comme cyclique. Il y a un avant et un après, un passé et un avenir. Il n’existe d’ailleurs pas de présent en hébreu. On sait que le temps n’est pas illimité et que nous, les mortels, devons le remplir très vite. A partir du moment où l’on a ce sentiment d’urgence, on ne peut pas s’arrêter. L’histoire dépend de nous. Même pour les croyants, le Talmud dit : « Tout est prévu, mais la liberté est laissée à l’homme ». Cela signifie que nous ne pouvons pas changer le sens du monde, mais nous sommes libres de réagir au déluge qui se prépare, ce qui nous laisse une grande marge.

    Selon vous, la colère précède l’engagement, à l’image du cri que vous aviez émis après l’assassinat d’Ilan Halimi, et dans lequel beaucoup se sont reconnus.

    Tout à fait oui ! Pour que vous réagissiez, un événement doit vous faire tourner le sang, vous insurger. Pourquoi s’engager sinon ?

    De nombreuses femmes ont peuplé votre vie. Quel rôle y ont-elles joué ?

    Je pars du principe qu’une idée qui arrive à résister à la critique de l’autre vaut la peine d’être défendue. Et il n’y a que les femmes qui peuvent remettre en question une idée, parce qu’elles écoutent. Un ami à qui vous dites quelque chose se demandera déjà comment il pourra utiliser votre argument dans son propre argumentaire et il n’attendra en réalité que le moment où il pourra partager avec vous ce que lui pense. C’est parce que les femmes écoutent qu’elles ont le pouvoir de changer l’histoire. L’expression « derrière chaque homme il y a une femme » ne me plaît pas. Je dirais « à côté de chaque homme, il y a une femme ». Dieu n’a d’ailleurs pas créé la femme à partir de la côte de l’homme, mais côte à côte, les deux se complètent. La femme oblige l’homme à se dépasser, sans quoi l’homme serait resté médiocre.

    La paix au Proche-Orient est sans doute l’un de vos plus grands combats, est-elle encore possible ?

    Je pense que oui ! Comme je vous l’ai dit, je crois beaucoup au pouvoir des femmes pour les avoir vues à l’œuvre. On a oublié Belfast, avec l’IRA, où les catholiques et les protestants s’entretuaient, jusqu’au jour où les femmes protestantes et catholiques sont descendues dans les rues à Belfast, un peu comme les Sabines dans la mythologie grecque. Bernard Kouchner et moi étions les deux seuls hommes. Et on ne parle plus de Belfast aujourd’hui. Mon rêve, c’est de prendre 150.000 femmes israéliennes et 150.000 femmes palestiniennes et de les faire se rejoindre sur le mont du Temple dans deux cortèges, avec un seul slogan « Shalom-Salam ». Un événement qui sera couvert par toutes les télévisions du monde ! Et je garantis que c’en sera fini du conflit israélo-palestinien. Cela demande tout une organisation, mais ces femmes existent, elles font des manifestations, des marches à Jéricho, elles sont 15.000, 20.000… Même les religieuses les rejoignent, avec leurs perruques, leurs foulards, elles chantent ensemble les chants de la paix, mais personne n’en parle. Si on arrive à faire cela, personne ne leur résistera et personne ne les arrêtera, au risque de tirer sur leur mère, leur sœur. Les femmes, on les a, il reste à trouver les moyens. Mais je le ferai.

    Quel homme voulez-vous que l’on retienne de vous ? « Le passeur », comme le disait Paul Ricoeur, « l’intercesseur », « le gardien de la conscience », le peintre ?

    Le passeur, comme l’avait dit Paul Ricoeur dans Le Monde, je trouve ça pas mal. Mais l’homme qui rêvait de changer le monde, je trouve que le titre de mon livre n’est pas mal. On n’a pas révolutionné le monde, mais on a changé beaucoup de choses si on fait la liste de ce que nous avons pu faire. Aujourd’hui, on peut aimer Poutine ou pas, il n’y a plus de goulag en Russie. Le mur de Berlin n’existe plus. Même au Proche-Orient, Israël et l’Egypte vivent en paix, ils chassent ensemble les mêmes djihadistes dans le désert du Sinaï. En Argentine, il n’y a plus de junte militaire, il y a une démocratie, ça ne se passe pas encore très bien, mais on ne torture plus les gens. En Afrique du Sud, il n’y a plus d’apartheid. Ce sont toutes des petites victoires auxquelles nous avons contribué. Quand on pense aux grandes actions caritatives aussi, Action internationale contre la faim, c’est nous. On a oublié aujourd’hui ce qu’étaient les boat-people, et on voit tout ce qui est fait pour sauver les migrants en Méditerranée, mais on avait déjà fait ça dans les mers de Chine avec les Cambodgiens. On a montré au monde qu’un homme, dix hommes, vingt hommes peuvent influencer et changer des événements. Et cela, c’est écrit. Comme il est dit très joliment la Bible, « ce qui est écrit est écrit ».

    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou info@cclj.be


     
     

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