Histoire

Il y a 150 ans, l’unique leader juif britannique a changé la politique à jamais

Jeudi 1 août 2019 par The Times of Israël

Méprisant les attaques antisémites, Benjamin Disraeli est devenu l'homme de confiance de la reine Victoria et a bâti le parti le plus prospère que le pays ait jamais connu

Benjamin Disraeli

Au nord-ouest de Londres, dans la campagne vallonnée du Buckinghamshire, se trouve Hughenden Manor. Pendant 33 ans, ce manoir a été la résidence de Benjamin Disraeli, le premier Premier ministre juif – et jusqu’à présent le seul – de l’Angleterre.

Au début des années 1860, Disraeli avait décidé de refaire cette bâtisse. Ses caractéristiques géorgiennes avaient disparu. A leur place, des remparts et des pinacles de style gothiques avaient été érigés. Le résultat, a commenté un historien spécialiste de l’architecture, était « atroce ».

Disraeli était néanmoins ravi. Ces travaux, écrivait-il à un ami, avaient constitué une entreprise « qu’il avait peaufinée pendant de nombreuses années ». Les terrasses du manoir faisaient dorénavant partie de celles « que les cavaliers peuvent parcourir ».

Tout cela sans compter le fait que Hughenden avait été construit à l’origine au milieu du 18e siècle – presque un siècle après que les cavaliers monarchistes et les « Têtes rondes » parlementaires ont combattu pendant la guerre civile.

Il n’est pas difficile d’imaginer les ricanements d’un grand nombre de critiques contemporains qui ont salué à l’époque la prouesse architecturale de Disraeli.

Pour certains, elle symbolisait le mauvais goût du parvenu, le désespoir de ce petit-fils d’immigrants italiens qui se présentait en mentant comme un membre de l’aristocratie qui gouvernait l’Angleterre dans laquelle il aurait aimé s’intégrer. Pour d’autres, elle incarnait son désir ardent profondément conservateur, voire réactionnaire, de s’accrocher à un passé – rural, aristocratique et hiérarchique – qui s’éteignait après la révolution industrielle et à l’émergence d’une classe ouvrière puissante.

Il y avait toutefois un élément de vérité dans de telles critiques. Peut-être, malgré tout, que cet « amour » de Disraeli reflétait simplement son immense respect envers la longue histoire de l’Angleterre – un sujet qui était presque toujours abordé dans ses discours – et son désir d’y inscrire son nom.

Ce désir, peu de doute que Disraeli – entré à Downing Street pour la première fois il y a 150 ans – l’aura plus que réalisé. Personnalité éminente de la politique britannique du 19e siècle, ses joutes parlementaires avec William Ewart Gladstone, chef des libéraux et son adversaire au poste de Premier ministre, auront dominé l’histoire de cette période.

Prophète, prêcheur, philosophe

Disraeli a dirigé le parti conservateur à la Chambre des communes pendant presque trois décennies. Ses succès électoraux étaient pourtant mitigés : sous sa direction, les Tories ont perdu six élections législatives. Une réalité qui ignore toutefois le rôle tenu par Disraeli, qui aura laissé derrière lui un héritage persistant, dans le rétablissement des conservateurs – qui avaient passé une grande partie de la moitié du 19e siècle dans l’opposition – dans le cercle des partis de gouvernement crédibles.

Comme feu Lord Blake, éminent historien des Tories, l’avait suggéré : « De nombreux conservateurs modernes considèrent Disraeli comme un prophète, doublé d’un prêcheur et d’un philosophe… Il reste la personnalité la plus extraordinaire, la plus incongrue, la plus fascinante, la plus familière et la plus intemporelle à avoir jamais dirigé le parti conservateur ».

Dans les années qui ont suivi sa mort, les Tories ont nourri beaucoup d’admiration pour Disraeli, beaucoup plus que lorsqu’il était encore en vie.

Pour l’un de ses députés, le leader des Tories était « ce juif du diable ». Pour un grand nombre d’autres, il était simplement « le juif ». Dans une attaque publique à peine déguisée, Lord Salisbury, qui devait ultérieurement devenir le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de Disraeli avant de le suivre à Downing Street, le décrivait comme un homme « malhonnête », un « simple joueur en politique ».

Une autre importante personnalité du parti conservateur notait de manière désobligeante qu’il « porte les marques du juif fortement sur lui… Il est à l’évidence intelligent mais outrageusement vulgaire ».

Disraeli lui-même était pleinement conscient de la vision qu’avaient de lui ces hommes dont il était à la tête au Parlement.

« Je vous comprends clairement parce que moi-même, je n’ai jamais été ‘respectable' », avait-il ainsi déclaré à un dissident du parti vers la fin de sa vie. Peut-être son plus grand plaisir dans la vie politique était « d’exercer le pouvoir sur les puissants ».

Ce manque de chaleur était raconté de manière très précise dans le journal intime écrit par John Bright, personnalité éminente du mouvement des Libéraux, peu de temps après la nomination de Disraeli au poste de Premier ministre. C’était, avait-il écrit, « un triomphe d’intelligence, de courage, de patience, d’absence totale de scrupules au service d’un parti rempli de préjugés, d’égoïsme et de manque d’intelligence. Les Tories ont loué les services de Disraeli et il a obtenu sa récompense de leur part ».

Disraeli avait déjà suggéré que, pour réussir en politique, les hommes avaient besoin « d’éducation, d’argent ou de génie ». Pour beaucoup de conservateurs, il n’avait rien de tout cela, alors que dans le parti dit « stupide » – appelé ainsi à cause de la méfiance habituelle des Tories à l’égard de tout soupçon d’intellectualisme – le troisième élément n’avait jamais été remarqué.

L’homme du peuple ?

Né en 1804 dans une famille londonienne relativement riche, à une époque où la population juive de la capitale ne comptait guère plus de 20 000 personnes, Disraeli était un étranger. Après l’avoir nommé Premier ministre pour la première fois en 1868, la reine Victoria – dont l’affection pour Disraeli dépassait celle de tous les hommes qui ont servi au n° 10 durant ses 64 ans de règne – écrivit à sa fille qu’il était son « l’homme ressuscité’ du peuple ».

Le père de Benjamin, Isaac D’Israeli, était un membre de la synagogue séfarade Bevis Marks – la plus ancienne de Grande-Bretagne – à Londres. Il s’était assuré que ses enfants aînés reçoivent une éducation juive.

Cependant, Isaac avait des réticences à l’égard de l’autorité religieuse. En 1813, il se querella avec les administrateurs de la synagogue, non seulement il refusa d’officier comme directeur pendant un an, mais refusa aussi de payer l’amende habituelle imposée dans ce cas-là.

Le conflit conduit finalement Isaac à démissionner de la synagogue. Cinq mois plus tard, ses enfants furent baptisés au sein de l’Église d’Angleterre.

Ce désaccord familial aura plus tard des conséquences profondes. Il permit à Disraeli – qui resta membre de l’église anglicane jusqu’à sa mort – de devenir membre du Parlement et donc Premier ministre.

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  • Par Candide - 3/08/2019 - 13:37

    Belle analyse qui illustre bien la dérive des médias et des correspondants de presse depuis bien longtemps.
    Il n'y a pas de pire sourd 'i aveugle que celui qui ne veut pas entendre où voir.
    Nous sommes encore et toujours la proie des "opinion leaders" idéologiques qui privilégient la sacro sainte bien pensance du vivre ensemble sans négliger le pasdamalgam. Peut-être n'est il pas trop tard pour se réveiller et faire obstacle à la dérive et nous épargner une véritable guerre. Osons donc arracher le voile !