Au CCLJ

François Rachline "Un monothéïsme sans Dieu"

Mardi 30 avril 2019 par Stéphane Meyer

Economiste et essayiste, François Rachline a publié Un monothéisme sans Dieu (éd. Hermann), un ouvrage dans lequel il analyse l’absence parfaitement assumée du nom de Dieu dans la Bible hébraïque. Cet effacement complet suppose-t-il un monothéisme sans Dieu ? Telle est la question qu’il abordera dans la conférence qu’il donnera au CCLJ le mercredi 8 mai 2019 à 20h.

 
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    Un monothéisme sans Dieu ! Voici un titre bien curieux pour une réflexion sur le judaïsme, la première des religions affirmant l’existence d’un Dieu unique et transcendant. Certains y verront même un oxymore grossier. Ce que François Rachline reconnaît sans peine lorsqu’on le lui fait remarquer. « Il est évident qu’on pense à un Dieu unique lorsqu’on parle de monothéisme », explique-t-il. « Mais dans la conception juive, les choses sont plus complexes. Ce que l’on appelle Dieu est beaucoup plus difficile à définir que ce que suggère le sens commun, d’autant plus que tous les noms de Dieu dans la Bible sont des pluriels. Cette particularité est importante ».

    Cette particularité forme la trame d’une enquête qui explore le texte biblique dans ses difficultés comme dans ses infinies richesses. Le passage du buisson ardent dans lequel le Dieu biblique se révèle pour la première fois à Moïse offre une clé de compréhension. Dieu lui ordonne d’aller libérer les Hébreux esclaves en Egypte. Moïse lui demande alors quel est son nom et ce qu’il doit annoncer aux Hébreux. Il lui répond qu’il devra leur dire que son nom est « je serai ». « Les Juifs présentent donc la particularité d’obéir à l’injonction biblique « je serai », c’est-à-dire de travailler à leur devenir en permanence », précise François Rachline. « Il s’agit d’une des grandes dimensions du judaïsme. On ne peut pas savoir qui est Dieu, mais on doit également chercher sans cesse ». On se situe donc bien loin de la version hollywoodienne des Dix commandements de Cecil B. Demille.

    Un nom indicible et imprononçable

    D’aucuns lui rétorqueront alors que les quatre lettres du tétragramme Yahvé étant des consonnes en hébreu, la question de l’impossibilité de prononcer le nom de Dieu se pose aussi. Pour sortir de ce problème, François Rachline estime qu’il convient d’inverser l’interrogation des sages en se demandant ce que Moïse devait créer pour que ce tétragramme demeure imprononçable. Ce n’est pas parce que la divinité des Hébreux possède un nom imprononçable qu’elle est singulière, mais plutôt parce qu’elle est singulière qu’on lui a attribué un nom indicible. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une divinité offre la possibilité de développer un discours à partir de l'impossibilité d'une parole. « Ce qui signifie que chacun doit plonger en soi, faire cet effort de découvrir cette étrangeté qui nous échappe », insiste François Rachline. « Cela met en relation cette divinité qui a une pluralité de noms à l’être humain qui est aussi unique et pluriel à la fois Plus nous faisons cet effort de plonger en nous, plus nous découvrons que nous sommes pluriels ».

    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou info@cclj.be


     
     

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