L'humeur de Joël Kotek

Un colloque pour ne pas penser !

Mardi 4 décembre 2018 par Joël Kotek, Directeur de publication
Publié dans Regards n°1034

Les 12 et 13 décembre prochains, l’Institut Marcel Liebman organisera un colloque international sur l’antisémitisme. On s’en réjouirait d’avance n’était un programme aussi verrouillé que cadenassé idéologiquement.

Tout est là pour que la Grand-messe soit dite sans fausse note ni dérapage. N’espérez surtout pas que l’on vous éclaire sur l’antisémitisme de banlieue (arabo-musulman) ou des quartiers branchés (islamo-trotskyste). Comme le laisse à croire le programme, l’antisémitisme est de droite ou n’est pas ! Pour faire tout de même un rien scientifique -mais vraiment un rien, les organisateurs ont planifié deux seules conférences sur deux jours sur les sujets qui fâchent, entendez l’antisémitisme de gauche et celui d’origine arabo-musulmane.

Qu’on ne s’y trompe pas, ici, l’excellent Michel Dreyfus soulignera la rareté de la parole antisémite progressiste, d’autant plus marginale qu’elle ne serait plus de gauche dès lors qu’elle est antisémite. J’en conviens, c’est compliqué. Quant à la seule conférence dédiée à l’antisémitisme arabo-musulman, elle sera d’autant plus lénifiante qu’elle a été confiée à un spécialiste de la Shoah dans le monde arabe, Gilbert Achkar. Seule voix discordante, la présence de notre ami Nicolas Zomersztajn dans un débat autour de Ken Loach où il se trouvera bien isolé.

Ce conclave n’est destiné qu’à démasquer « les fictions et les usages » (sic) de l’antisémitisme par la bourgeoisie juive sioniste, thèse défendue dès 2011 par le philosophe marxiste et polpotiste Alain Badiou. A l’en croire, l’usage même du terme antisémitisme constituerait une « opération » idéologique des sionistes visant d’une part à stigmatiser « la jeunesse noire et arabe » et d’autre part, à disqualifier tous ceux qui sont « hostiles à la politique des gouvernements israéliens successifs ». Cette thèse explique la structure même de la rencontre : aucune conférence spécifique ne traitera des cas de la France et de la Belgique, où pourtant 14 citoyens ont été assassinés du seul fait de leur judéité, et ce, par des jeunes issus de l’immigration.

Pas moins de trois présentations sont, en revanche, consacrées à la Grande-Bretagne, défense du Camarade Corbyn oblige, et trois autres à la dénonciation du chantage à l’antisémitisme : « Définir l’antisémitisme pour verrouiller la pensée ? » (J. Aron), « La définition de l’antisémitisme de l’IHRA : une menace pour la liberté d’expression ? » (F. Dubuisson), « A quoi sert la dénonciation du “nouvel anti-
sémitisme” » (E. Benbassa). S’ajoute une quatrième, tout aussi décalée : « Répression et criminalisation de la solidarité avec la Palestine : la persécution du BDS en France » (A. Gresh). Le cas français ne sera donc abordé que par le biais de la criminalisation de BDS ! Bref, que des rendez-vous manqués avec le réel. N’espérez pas que l’antisioniste obsessionnel qu’est François Dubuisson puisse vous éclairer sur les raisons qui ont finalement convaincu le Labour d’adopter, malgré Corbyn, la définition de travail de l’IHRA sur l’antisémitisme. Ne comptez pas sur un Jacques Aron pour s’étendre sur les prurits antisémites de nombre de militants de la gauche syndicale belge, à l’instar de ce Robrecht Vanderbeeken qui accuse les soldats israéliens de trafic d’organes.

N’attendez pas d’Alain Gresh qu’il vous explique pourquoi la plupart des enquêtes d’opinion -scientifiquement menées s’entend- soulignent une prévalence culturelle judéophobe au sein des publics d’origine arabo-musulmane. Il est vraiment dommage que les organisateurs du colloque fassent l’impasse sur cette dernière question et ce, d’autant plus si l’on songe que leur maître à penser éponyme n’hésita pas, dès 1982, à s’y intéresser : « Il y a une dernière forme d’antijudaïsme quotidien sur laquelle il faut, je crois, insister, surtout dans un milieu comme le nôtre, devant nos amis du MRAX. Il s’agit de l’hostilité que, parmi les travailleurs immigrés arabes, on éprouve quelquefois à l’égard des Juifs. C’est une constatation que nous devons faire. Elle est désagréable, car on aimerait s’imaginer que les victimes du 
racisme sont immunisées contre ce mal, mais c’est là une illusion à laquelle il serait vain de s’accrocher. Ils sont, je crois, relativement nombreux, les Arabes de chez nous, les jeunes Arabes par exemple, qui expriment de la haine envers les Juifs en recourant à des thèmes aussi éculés que la richesse des Juifs. Interrogez les enseignants qui ont des classes où les jeunes Marocains sont nombreux. Leurs témoignages ne laissent pas de doute à cet égard. A ce propos, il me semble que les véritables victimes de cette forme d’antijudaïsme, ce ne sont pas les Juifs eux-mêmes. Les couches qui expriment ces préjugés sont à ce point démunies, isolées et dénuées d’influence que l’effet pratique de leur attitude est pour ainsi dire nul, en tout cas en ce qui concerne leurs cibles. Par contre, cet antisémitisme traditionnel, importé chez nous et en provenance des sociétés dont nous viennent les travailleurs immigrés, me paraît surtout nocif pour ceux qui le véhiculent. C’est une forme de primitivisme (sic) qui fait obstacle à leur conscientisation politique et sociale ».

Ces paroles de Marcel Liebman se révèlent à la fois prophétiques et naïves, comme le rappellent les macabres statistiques de la terreur islamiste. Ce sont bien les Juifs de France et de Belgique qui ont payé le prix fort de cette forme d’antisémitisme qualifiée, à tort ou à raison, de primitiviste par Marcel Liebman et que nient, comble de l’arriération idéologique, ses propres héritiers. Manifestement, la gauche marxiste se révèle incapable de penser le réel.

NB. Il va sans dire que les organisateurs du colloque n’ont pas songé un seul instant à m’inviter, fût-ce comme repoussoir sioniste.


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par BOAZ - 11/12/2018 - 14:36

    Mais qu'est ce que Nicolas Zomerstain est allé faire dans cette galère qui réunit le ban et l'arrière ban de la Palestinie ambiante ? (y compris la Benbassa qui a trouvé son mandat de sénatrice française dans une pochette surprise et l'affreux Gresh).

    Il était inutile que Nicolas leur serve d'alibi, d'autant plus que ce genre de manifestation n'attire que des convaincus et qu'il sera probablement sifflé.