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"Mémoire & Espoir" Transmettre la vraie histoire

Mardi 1 mai 2018 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°882 (1022)

Dans le cadre de ses journées écoles consacrées à l’histoire de la Shoah et au devoir de mémoire, le CCLJ accueillait il y a peu une classe DASPA (Dispositif d’accueil et de scolarisation des primo-arrivants) de l’Athénée Leonardo da Vinci. L’occasion de nous intéresser à la scolarisation de ces jeunes fraichement arrivés en Belgique.

Les jeunes de l'Athénée Leonardo da Vinci, aux côtés de Paul Sobol

En matière d’accueil des migrants, on évoque souvent ce qu’il reste à faire, rarement ce qui existe déjà. Depuis une vingtaine d’années, l’Athénée Leonardo da Vinci, dans le quartier Cureghem à Anderlecht, a prévu spécifiquement plusieurs classes d’accueil (72 primo-arrivants cette année, dont une classe d’alphabétisation) pour ces jeunes en âge d’être scolarisés, avec la difficulté de ne pas connaitre le français. Une étape de scolarisation intermédiaire, qui leur permettra ensuite de rejoindre une classe « normale » ou d’être réorientés.

« Pendant une grève, en novembre, nous avons montré le film La rafle aux élèves de la classe de passerelle C », explique Chloé Van Lancker, coordinatrice DASPA de l’école. « Le lendemain, ils avaient mille questions et voulaient comprendre. Nous avons alors passé cet accord avec eux : “Nous allons tout vous expliquer, et en échange, votre devoir sera de transmettre ce que vous aurez appris”. Ils ont tout de suite 
accepté. Cela fait près de six mois maintenant que nous travaillons cette thématique, avec l’avantage dans les classes DASPA de ne pas être tenus à un programme imposé. Certains de ces jeunes viennent de pays où l’antisémitisme est encore tabou, il fallait de bonnes épaules pour aller à l’encontre des stéréotypes en place, mais nous y avons cru, et le résultat a dépassé nos attentes ».

Depuis novembre, l’agenda a été particulièrement chargé pour les élèves, chaque visite et rencontre donnant lieu à de nouvelles demandes d’informations : la visite de la Caserne Dossin, le récit de Simon Gronowski, les témoignages de Marcel Zalc et Bella Swiatlowski... Suivra la polémique sur les pavés de la mémoire à Anvers qui leur donnera envie d’en savoir plus sur les pavés de Bruxelles. « Quand ils ont découvert un pavé devant la station de métro Clémenceau qu’ils fréquentent chaque jour, ils ont voulu faire un micro-trottoir, pour demander aux passants s’ils pensaient comme eux qu’il était trop peu mis en valeur », raconte Chloé Van Lancker. Une empathie qui n’a pas surpris les enseignants, connaissant le vécu de leurs élèves. « Ils ne s’identifient pas aux Juifs, mais ils savent ce que c’est que devoir se cacher, fuir, ne pas avoir de papiers, risquer d’être expulsés, ces histoires ont naturellement une résonance particulière pour eux », poursuit la coordinatrice.

« Maintenant, on sait la vérité »

Après avoir vu fin février au CCLJ  la pièce de théâtre La vague jouée par des élèves de l’Institut Sainte-Ursule (Forest) sur la propagande et la manipulation, ils ont tenu à voir le film et à lire le livre, voulant toujours approfondir le sujet. Ils visiteront aussi l’expo « L’Etat trompeur et la propagande nazie » au Parlementarium, l’expo Anne Frank à l’Athénée Uccle 1 et « Plus jamais ça » à Liège, avant de s’entretenir avec un autre témoin, Paul Sobol, au CCLJ et de participer avec l’école Beth Aviv à la cérémonie de Yom haShoah.

Du 14 au 18 mai 2018, ils présenteront dans leur école l’ensemble de leur travail lors d’une exposition intitulée Mémoire & Espoir - « Partager nos souvenirs, c’est changer notre avenir », guidée par les élèves eux-mêmes. « Les élèves de cette classe se sont impliqués à 200%, parce qu’ils se sentaient valorisés », note Chloé Van Lancker. « Les élèves des autres classes se sont d’ailleurs intéressés à ce qu’ils faisaient. Prendre leurs questionnements comme point de départ, mettre l’être humain au cœur de leur travail en mettant des noms, des visages… s’est révélé très concluant, et nous espérons pouvoir pérenniser ce genre de projet l’an prochain. Le temps que nous avons pu consacrer à ce travail nous a permis d’approfondir réellement le sujet, en parvenant à briser les amalgames ».

Ayant fortement progressé dans la maitrise du français, Gabriel, 17 ans, nous confiait ressentir à la fois de la joie par rapport au travail accumulé, et de la colère « face au mal que des hommes ont pu faire à d’autres hommes ». Yasmine se souvient de sa première question « Pourquoi ? » après avoir vu La rafle. Une question à laquelle le jeune Daniel, 12 ans, n’est pas certain d’avoir trouvé la réponse, même s’il est désormais convaincu qu’« il ne faut jamais hésiter à 
réagir ». Camilla ne pensait pas qu’il y avait eu autant de morts. Quant à Thierno, il a compris en écoutant la douleur des témoins que « raconter, c’est revivre ». Le mot retenu par Hassan sera « indigne ». Indigne pour les auteurs, indigne pour les victimes, indigne pour tous ceux qui savaient et n’ont rien fait. Hier, comme aujourd’hui. « On nous a souvent dit que les Juifs contrôlent le monde. Avant, on ne savait pas. Maintenant, on sait la vérité, on connait l’histoire, et on peut partager nos connaissances. Pour changer le futur, pour que cela ne se reproduise plus ».

Athénée Leonardo da Vinci, 28 rue des Goujons, 1070 Bruxelles.

Expo ouverte  du 14 au 28 mai 2018 (de 9h à 16h) uniquement sur rendez-vous
 : coordaspa.arlv@gmail.com

 
 

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