Mensch 2007 : Jacques Brotchi - Une vie au service des autres

Mardi 5 Février 2008 par Roland Baumann

 

Grand artisan du développement de la neurochirurgie en Belgique, le professeur Brotchi est aussi un homme politique engagé, au service du progrès de la recherche médicale et de la santé publique, soucieux du bien-être de ses concitoyens et fier de son identité juive.

Jacques Brotchi est né à Liège en 1942. Ses parents, Isac et Haia, mariés en 1936 et tous deux originaires de Bessarabie, se retrouvent à l’Université de Liège en 1930. Elle étudie la dentisterie et lui, la dentisterie et la médecine. Les Brotchi échappent par miracle à la déportation et sont cachés par une famille belge de Mont-Comblain (Comblain-au-Pont). Jacques grandit à Esneux, où ses parents, dentistes, ont ouvert leur propre cabinet après la guerre. Tous les jours, Jacques pêche dans l’Ourthe. Sorti de l’Athénée de Liège, il fait la médecine à l’Université de la même ville. Amie d’enfance, Aline Gutelman évoque avec plaisir ce « temps des copains » : « Jacques Brotchi, Jean Gol, Foulek Ringelheim, mon mari (Georges Gutelman), tous les autres... on formait une bande d’une quarantaine de jeunes et on se connaissait tous. Je me souviens d’être allée à Esneux où Jacques organisait une boum. Pour moi qui habitais en ville, sa maison au bord de l’eau était d’un charme rustique ! Lorsque les Brotchi ont déménagé d’Esneux à Liège, on habitait à 500 mètres l’un de l’autre. Je travaillais au magasin de mes parents, et il passait me voir en sortant des cours à l’université. Il était toujours pareil à lui-même, racontant la meilleure blague, à l’écoute, très gentil ! Il a fait la médecine pour se mettre au service des autres ». Fasciné par le cours de neuro-anatomie du professeur Gerebtzoff, Jacques Brotchi devient élève-chercheur. En 1967, il est diplômé médecin et se marie. Rachel Brotchi explique : « Nous nous sommes rencontrés en 1964 en Suisse, aux sports d’hiver, avec d’autres étudiants juifs. L’été suivant, tout à fait par hasard, on s’est retrouvé sur la plage, à Tel-Aviv. Ensuite, il est souvent venu me voir à Paris. Je le trouvais toujours sur mon chemin ! Il était gentil, attentionné, tendre... ». Jacques devient interne au C.H.U. (Centre Hospitalier Uni-versitaire) de Liège et se spécialise en neurochirurgie auprès du professeur Joël Bonnal. Rachel commente : « Avant d’accepter d’en faire son assistant, Monsieur Bonnal lui avait déclaré : “ Tu es peut-être un bon neurologue mais as-tu les mains d’un neurochirurgien ?”. Et en effet, en ces temps héroïques de la neurochirurgie, avant toutes les nouvelles technologies, il fallait être capable de penser avec les doigts pour évaluer la densité d’une tumeur et découvrir ses limites ». Jacques fait sa thèse d’agrégation de l’enseignement supérieur sur l’épilepsie. Très proche de la vie communautaire, il sera président du Foyer israélite et, à ce titre, deviendra l’un des premiers membres du CCOJB, dont il sera élu vice-président.

Expert international

Fin 1981, les professeurs André Jaumotte, président de l’ULB, et Alain De Wever proposent au jeune assistant du professeur J. Bonnal de créer un service de neurochirurgie à Erasme, un hôpital ouvert en 1977, en plein milieu des champs, comme le précise Alain De Wever, médecin-directeur d’Erasme jusqu’en 1993 : « Dès l’instant où Jacques Brotchi est arrivé à Erasme avec sa petite mallette, une confiance totale s’est établie entre nous. Sous sa direction, le service s’est très rapidement développé. C’est un très grand travailleur, un homme dynamique et disponible, qui respecte l’autorité, sait prendre des initiatives. Un vrai chef et un homme remarquable ! ». Comme l’exposait un article récent (Tempo Médical, mars 2006), le professeur Brotchi a connu toutes les évolutions de la neurochirurgie : de l’apparition du microscope opératoire et du scanner jusqu’au concept actuel de « neuronavigation » qui permet au neurochirurgien de planifier les phases de son intervention et de bien en délimiter l’objectif grâce à l’usage conjoint de toutes les techniques d’imagerie médicale de pointe. Professeur ordinaire à l’ULB (titulaire de la chaire de neurochirurgie) et directeur du service de neurochirurgie d’Erasme jusqu’au 31 août 2007, Jacques Brotchi a publié plus de 350 travaux en neurochirurgie, notamment sur les tumeurs de la moelle épinière, sujet dont il est un des grands experts internationaux. Renommé dans le monde entier, son service a été choisi par l’Organisation Mondiale de la Santé comme son premier centre de référence pour la formation et la recherche en neurochirurgie (1998). Lauréat de plusieurs prix de neurochirurgie, il reçoit en 2000 le prix Joseph Maisin du FNRS (Fonds National de la Recherche Scientifique). Membre de la Commission d’éthique médicale du FNRS, dont il a aussi présidé la commission « recherches cliniques », il est membre de l’Académie Royale de Médecine de Belgique, de l’Académie Française de Chirurgie, de l’American Academy of Neurological Surgery et de nombreuses sociétés internationales de neurochirurgie, à titre effectif ou honoraire. Après avoir présidé la Société Belge de Neurochirurgie, puis la Société de Neurochirurgie de Langue Française (tous les pays francophones) et dirigé le comité d’éducation de la Fédération mondiale des Sociétés de Neurochirurgie (1997-2001), le professeur Brotchi est élu par ses pairs président mondial de cette institution internationale (juin 2005), premier Belge à exercer ce prestigieux mandat.

« Se dépasser sans blesser ni se perdre »

Jacques Brotchi a reçu de nombreux titres honorifiques, en Belgique et à l’étranger. Anobli en 1988, avec le titre de chevalier, par Baudouin Ier, Albert II le nomme baron en mai 2007. Flatté par ces distinctions, il n’en reste pas moins fidèle à lui-même et à son identité juive, tout en étant laïque. Comme il le souligne dans une interview de la revue Lobby (n°1), son blason de noblesse exprime bien le sens qu’il donne à sa vie : un lion tenant une Menorah surmonte l’écusson décoré par deux branches d’olivier et une lampe de Hanoucca. Sa devise « Se dépasser sans blesser ni se perdre » réaffirme sa volonté d’agir, à l’écoute de l’autre et fidèle à soi-même. Sous son égide, le département de neurochirurgie de l’ULB a entrepris une importante collaboration scientifique avec l’Université de Jérusalem, en particulier dans les technologies de pointe permettant de soigner la maladie de Parkinson. Président d’honneur des Amis belges de l’Université hébraïque de Jérusalem (ABUHJ), il a toujours travaillé au renforcement des liens entre la Belgique et Israël, en particulier à travers les campagnes de collecte au bénéfice de l’Université hébraïque. Le 8 juillet 2004, Jacques Brotchi est coopté sénateur MR. Pourquoi est-il descendu dans « l’arène politique » ? Rachel explique : « Jacques s’est engagé en politique pour mettre au service de la communauté ses 40 ans d’expérience dans les domaines de la santé, de la recherche et de la bioéthique ». Philippe Monfils a travaillé avec lui, en commission, au Sénat : « Nous avons collaboré à propos du clonage, avec l’objectif de faire avancer la recherche médicale dans une vision progressiste et pour le bien-être des malades, mais dans des limites bien définies. D’un haut niveau intellectuel, il est convivial et très doux, mais toujours déterminé à avancer ! ». Homme politique juif, le sénateur Brotchi sait qu’il a un rôle important à jouer dans la lutte contre l’antisémitisme et la construction d’une dynamique de paix au Proche-Orient. En mars 2005, il forme un groupe sénatorial de réflexion pour la paix au Proche-Orient, ouvert à tous les partis démocratiques francophones et néerlandophones, afin de procéder à des analyses en profondeur du conflit, en compagnie d’experts et de personnalités venus de la région et de passage à Bruxelles. Le 12 juillet 2007, il est de nouveau coopté sénateur MR. Jacques Brotchi se soucie aussi de politique locale, à Uccle, sa commune, où il est devenu conseiller communal aux dernières élections. Carine Gol-Lescot a connu Jacques par son mari, Jean Gol : « On s’est beaucoup vu sur le terrain lors de la campagne électorale dans laquelle il s’est vraiment investi. Je suis chef de groupe MR et il prend très bien mes remarques. Malgré son agenda très chargé, il est toujours présent quand il faut, quitte à accourir à un débat du conseil communal dès sa descente d’avion ! ». Jacques Brotchi est aussi l’heureux grand-père de Nina (11 ans) et Dylan (9 ans), nés du mariage de sa fille, Nathalie, avec Alain Verstandig. Et il est resté fidèle à ses plaisirs de jeunesse : la pêche et le football. David Susskind conclut : « Jacques Brotchi s’assume toujours comme Juif et comme démocrate. Par toute sa carrière médicale, il confère un grand prestige à la Belgique et à la communauté juive. Nous sommes très fiers de le nommer Mensch ! ».


 
 

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  • Par Robert Graetz - 4/12/2018 - 0:12

    Une belle personne Président du Sénat de Belgique: the right man in tthe right place.
    Anecdote : j'entends encore la voix de son papa résonner en yiddish à l'apero du Britannique :-)