New York Times / Polémique

Michel Kichka "Un régime démocratique doit laisser s'exprimer les voix contraires"

Mercredi 12 juin 2019 par Géraldine Kamps

Après les excuses publiées par le New York Times suite à la parution en avril  d’un dessin représentant le Président américain Donald Trump, aveugle et coiffé d’une kippa, guidé par un chien à la tête du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, le journal vient de décider de renoncer aux dessins de presse politiques. Une décision radicale à laquelle réagit le dessinateur belgo-israélien Michel Kichka.

Comment réagissez-vous à la décision du journal de renoncer aux dessins de presse politiques suite à la polémique ?

Ce n’est pas très courageux ! Les yeux du monde de la presse sont tournés vers le New York Times dans cette heure de vérité. Si le New York Times ne se bat pas pour défendre le dessin de presse, qui le fera ?

Comment expliquer une telle décision ? 

Trump a déclaré la guerre à la presse d’opposition, la CNN et d’autres grands médias sont persona non grata aux conférences de presse de la Maison-Blanche. Certains journalistes sont sur liste noire. D’autres sont pris à partie publiquement par Trump lui-même. Et 150 millions d’Américains trouvent cela normal. Le dessin publié dans un climat de montée de l’antisémitisme aux USA et en France est maladroit, mais pas antisémite. Le NYT a toutefois préféré le retirer de son site et s’est fendu d’une excuse honteusement faiblarde. L’épouvantail de l’antisémitisme a été brandi, le Syndicat de cartoons qui collabore avec le journal depuis une vingtaine d’années a été « remercié » sans appel, l’auteur portugais du dessin, Antonio Antunes, a reçu une pluie d’injures et de menaces sur les réseaux sociaux. Comble des combles, le journal s’est désolidarisé du dessinateur qu’il avait publié la veille dans ses pages d’opinion !

Est-ce une brèche ouverte dans les principes démocratiques ?

Oui, cela nous apprend que dans ce domaine, il n’y a pas d’acquis. Il y a un combat à mener chaque jour, surtout en démocratie. On dit que la presse est le chien de garde de la démocratie. Un régime démocratique doit laisser s’exprimer les voix contraires, la démocratie est la résultante d’un débat civilisé permanent. Une presse libre est la plateforme de ce débat. La libération de la parole sur les réseaux sociaux n’est pas la démocratie.

Entre autocensure et censure tout court, le travail des dessinateurs de presse est-il encore possible ? Et d’autant plus nécessaire ?

L’autocensure est le quotidien de tous les cartoonistes. C’est notre normalité. On sait très bien qu’il est impossible de tout dire et de tout dessiner. Les élus tiennent des propos publics bien plus outranciers que nos dessins. Ils n’ont parfois aucun scrupule à mentir, à diffamer, à stigmatiser, à mépriser, à manipuler. La réalité est bien plus cynique et plus dangereuse que nos dessins. Il faut arrêter d’avoir peur.


 
 

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  • Par Amos Zot - 19/06/2019 - 9:18

    La caricature parue dans le NYT était clairement antisémite; le nier prouve votre mauvaise foi mais je comprends que vous le niez vu vos caricatures parues dans le journal "Regards" , qui malheureusement ne me font même pas sourire et pourtant j'ai le rire facile .