Nouvelle génération

Rebecca Thissen "Justice et injustice climatiques, il y a urgence!"

Mardi 4 juin 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1045

A 25 ans, Rebecca Thissen est désormais l’experte belge en matière de climat. Elle a participé à ce titre à la COP24 organisée à Katowice en Pologne en décembre. Cette ancienne de la JJL reste optimiste, persuadée que la prise de conscience est aujourd’hui une chose acquise.

Rebecca Thissen

Engagée au Centre national de coopération au développement (CNCD) depuis un an, pour faire le plaidoyer politique en matière de justice climatique, Rebecca Thissen a bien compris que l’après-élections est crucial pour convaincre les nouveaux élus d’intégrer des mesures climat dans leurs objectifs. Depuis quelques semaines, façon lobbying, elle multiplie donc les contacts et les rencontres pour obtenir leur confiance. « Parce que c’est la dernière législature qui peut changer le cours des choses », soutient-elle.

Rebecca est née à Bruxelles dans une famille juive côté maternelle, catholique allemande du côté de son père. « On avait les deux écoles à la maison et mes parents ont toujours su trouver des compromis », sourit-elle. « J’ai des demi-frères et sœurs qui ont fait leur communion, et un frère qui a fait sa bar-mitzva ! Moi, j’ai fait la fête de la morale laïque, mes parents souhaitaient que je puisse entrer dans le monde adulte en ayant appris certaines valeurs ».

Scolarisée à l’école communale de Boitsfort, puis à l’Athénée royal d’Auderghem(ARA), Rebecca fréquente la JJL à partir de ses 12 ans. « Une bonne façon d’apprendre les différents aspects du judaïsme », confie celle qui, à la maison, célèbre aussi bien Hanoucca que Noël. Elle partira ensuite une année en Hollande et au Canada pour parfaire sa connaissance des langues avant d’entamer des études de droit à l’ULB. Cinq années qui lui donneront l’occasion de faire un Erasmus de six mois au Brésil, lequel confirmera son engagement dans les problématiques internationales. « Le métier d’avocat ne m’a jamais attirée », admet-elle, « mais j’ai réalisé que ces études pouvaient conduire à bien d’autres professions qui touchaient à la justice en dehors du Barreau ». Intéressée depuis toujours par les combats des ONG et organisations internationales, Rebecca a déjà effectué un stage d’observation dans une agence de l’ONU à Bruxelles, qui l’a convaincue de s’orienter vers de plus petites structures. La « clinique juridique » à laquelle elle a participé pendant ses études lui a aussi montré tout l’intérêt de travailler sur un cas concret : la demande d’asile d’une famille tchétchène établie depuis deux ans en Belgique qu’elle a dû gérer de A à Z, aidée d’une avocate, pour finalement obtenir sa régularisation.

Rebecca décide de se tailler un « Master de formation » sur-mesure qui lui permet de travailler six mois pour Amnesty International et quatre mois pour Avocats sans frontières. « J’avais mon diplôme en poche, mais je ne me sentais pas encore prête pour un emploi », se souvient-elle. « Au lieu d’un Master d’études théoriques, j’ai négocié avec mes parents de faire des stages comme bénévole pendant un an pour acquérir plus d’expérience. Ce n’est pas forcément facile, puisqu’on ne touche pas de revenus, mais c’est tellement formateur ! »

Des avancées trop lentes

Engagée au CNCD qu’elle suit depuis longtemps, Rebecca rejoint la quinzaine d’experts qui y travaillent, en charge du commerce, de l’agriculture, de la fiscalité, du conflit au Proche-Orient… des positions qu’elle partage en regard du droit international, sans trouver le besoin d’entrer dans des considérations personnelles. Elle s’y occupe des questions Climat et coordonne au nom de l’organisation la Coalition Climat pour la Belgique. C’est avec cette double tâche qu’elle a participé en décembre 2018 à la 24e Conférence de l’ONU sur le Climat (COP24) qui devait mettre en œuvre les règles de l’Accord de Paris pris en 2015. « Mais cette mise en œuvre a été envisagée a minima », déplore-t-elle, malgré un rapport alarmant du Giec soutenu par 194 Etats ! « Il y a certes de petites avancées, mais c’est beaucoup trop lent si on veut atteindre notre objectif, rester sous l’augmentation de 1,5°C (par rapport à l’époque pré-industrielle, ndlr). Si l’on ne modifie pas nos comportements d’ici 2030, l’emballement du climat deviendra imprévisible ».

Celle qui se veut positive, « souvent vue comme naïve », croit à l’éveil des consciences actuel. « C’est une grosse responsabilité pour les jeunes générations, mais c’est à elles désormais de secouer les responsables politiques qui ne semblent pas encore avoir pris la mesure de ce qui se passe ». Les urgences pour la Belgique qui se classe en queue du peloton européen : adopter une loi Climat pour travailler ensemble, réinvestir massivement dans tous les transports en commun, trouver une alternative au nucléaire avant 2025, et aider les pays du Sud. « Ceux qui émettent aujourd’hui le moins de gaz à effet de serre sont ceux qui en paient le plus lourd tribut », pointe Rebecca Thissen. « Il suffit de comparer les Pays-Bas et le Bangladesh, à même hauteur par rapport au niveau de la mer, et de voir qui subit les plus graves conséquences. Il y a une injustice climatique et il nous revient aussi de venir en aide aux pays qui en sont victimes ».


 
 

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