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La tragédie des femmes yézidies au Parlement bruxellois

Mardi 2 avril 2019 par Ina Van Looy, coordinatrice du Collectif belge pour la prévention des rimes de génocide et contre les négationnismes
Publié dans Regards n°1041

Le Collectif belge pour la prévention des crimes de génocide et contre les négationnismes a organisé le 28 février dernier au Parlement francophone bruxellois un colloque sur la tragédie des femmes yézidies. Nombre d’entre nous ont appris l’existence des Yézidis en août 2014, alors que ce peuple kurdophone était attaqué par l’Etat islamique.

De droite à gauche : le Père Desbois, Esther Mujawayo, Nicolas Tavitian (Comité des Arméniens de Belgique), Grégoire Jakhian et Vicken Cheterian, historien (Université de Genève).

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    Peuple de moins d’un million de personnes, les Yézidis vivent principalement en Irak depuis quatre millénaires. Leur religion est unique et monothéiste, sans doute inspirée du zoroastrisme (Perse antique). Ils croient en un dieu nommé Xwede qui fut assisté par sept anges dans la création du monde. Le principal lieu de culte est Lalech, situé dans le Kurdistan irakien. Au fil du temps, les Yézidis ont enrichi leurs croyances par des apports bibliques et coraniques. Ce syncrétisme est à l’origine de leur discrimination, mal perçu et surtout mal interprété par leurs voisins musulmans qui les accusent d’être des adorateurs du diable.

    Dès la prise du Mont Sinjar par l’Etat islamique en 2014, la violence exercée à l’encontre de la population yézidie considérée comme « infidèle » est sans limites. Les hommes, sous peine d’être fusillés, sont contraints de se convertir à l’islam. Les femmes et les filles sont kidnappées et leur virginité contrôlée, avant d’être vendues comme esclaves sexuelles. Les garçons sont intégrés dans les rangs de l’armée de l’Etat islamique et acculturés. Ils deviennent les « lionceaux du Califat ». Les nourrissons sont confiés à des familles se revendiquant de l’Etat islamique. Les crimes commis par l’Etat islamique sur les Yézidis en rappellent d’autres. Le crime de génocide est évoqué, souvent prononcé, notamment par une commission d’enquête de l’ONU, mais pas encore approuvé par une instance juridique.

    6.000 femmes et enfants enlevés

    Cinq ans plus tard, malgré le Prix Nobel attribué à Nadia Mourad, le silence sur la tragédie yézidie est assourdissant. Le Père Desbois, fondateur et président de Yahad in Unum, est arrivé d’Irak la veille du colloque organisé par le Collectif belge pour la prévention des crimes de génocide et contre les négationnismes. Il évoque un génocide toujours en cours : « Les médias sont partis. Ici, on pense que l’Etat islamique est fini, c’est loin d’être le cas en Irak ». Le bilan est catastrophique : 71 lieux de massacres mis à jour, plus de 6.000 femmes et enfants enlevés. Si certains ont pu être « rachetés », plus de 3.000 d’entre eux manquent à l’appel et personne ne sait où ils se trouvent, car une femme est vendue plusieurs fois, difficile dès lors de retrouver sa trace. Quant aux enfants, leur identité a été « effacée ». Dix-huit camps de réfugiés existent toujours en Irak, dans lesquels les conditions de vie sont très difficiles, en particulier pour les femmes qui craignent pour leur sécurité. L’Allemagne, le Canada et l’Australie ont accueilli une partie de ces réfugiés, mais peu, trop peu. Pire, les survivants d’une même famille sont répartis entre ces trois pays et l’Irak.

    Comment se reconstruire dans la solitude ? Nejla et Marwa, réfugiées en Allemagne, sont venues témoigner de leur vécu de captives de l’Etat islamique. Le public réuni au Parlement bruxellois à l’occasion du colloque est atterré, mais très impressionné par leur courage. Esther Mujawayo, rescapée du génocide des Tutsi au Rwanda, souligne la similitude du crime commis contre les femmes tutsi et les femmes yézidies. Le viol comme arme de destruction d’une culture, d’un peuple. L’Etat islamique a échoué. Les Yézidis l’ont contré par la voix de leur chef spirituel qui a enjoint son peuple à accueillir les femmes brisées pour les aider à se reconstruire. Ces femmes, qui trouvent le courage de dire l’horreur subie, ont, comme le souligne l'avocat Grégoire Jakhian, membre du Collectif, dans sa conclusion « remis de la pensée là où il n’y en avait plus ». Leur témoignage est un espoir de reconstruction et une volonté de justice.

    Nous ne pouvons les laisser seules sur ce chemin. Le Collectif belge pour la prévention des crimes de génocide et contre les négationnismes se réunira prochainement pour envisager la poursuite de son action en faveur des Yézidis. Refuge, justice, réparation sont les thématiques sur lesquelles nous devons d’urgence travailler. 

    Plus d’informations : belgecollectif@gmail.com


     
     

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