Hongrie

Sale temps pour les opposants à Viktor Orban

Lundi 7 janvier 2019 par Willy Wolsztajn

Un Belgo-Canadien, Adrien Beauduin, doctorant à l’Université d’Europe centrale de Budapest financée par Georges Soros, a été interpellé et inculpé suite à des incidents en fin d’une manifestation de protestation sociale. Il risque de 2 à 8 ans de prison. Les médias pro Orban le présentent comme « agent des réseaux Soros » et « ennemi du régime.[1] » Emblématique de l’ambiance délétère qui sévit en Hongrie.

Georges Soros

Viktor Orban tient Georges Soros pour sa bête noire. Soros-le-milliardaire, Soros-le-cosmopolite, Soros-le-financier. Soros-le-Juif même si le mot est proscrit. Mais tout le monde en Hongrie aura compris. Le pays possède un solide fond d’antisémitisme. Le second parti sur l’échiquier politique et premier parti d’opposition, Jobbik, sorti des urnes en avril 2018 avec près de 20% des suffrages, avait organisé une milice à l’ancienne, dissoute en 2009, la Garde hongroise, en uniforme, avec drapeaux, fanfares et tout le tralala.

On peut lire sur le site du ministère hongrois de la Justice un article qui accuse l’opposition politique d’être peuplée d’individus sous influence de Georges Soros et prêts à servir des intérêts étrangers. « Si ces gens parvenaient au pouvoir, le pays se verrait affaibli (…) et George Soros s’en frotterait les mains avec joie.» Comme quoi ce genre d’insinuations s’inscrit dans une politique officielle du gouvernement.

Quand en 2017 Viktor Orban a inondé le pays, les rues, le métro, d’une affiche bleue avec la photo, visage en gros plan, d’un Soros rigolard et le slogan « rira bien qui rira le dernier, » les Hongrois antisémites auront saisi l’allusion. La ressemblance frappait avec la propagande d’une autre époque, dont les affiches exhibaient l’image du Juif Eternel aux mains crochues dominant le monde. Mais chuuut, surtout ne pas prononcer ni écrire le mot « antisémite. » Viktor Orban déteste ce qualificatif, et ses ministres aussi. Ils n’hésitent pas à recourir aux voies de droit pour clore le bec aux insolents.

Georges Soros n’est pas seul à faire les frais de cette atmosphère fétide. Fin 2018, pour introduire un dossier sur une affaire de financement par l’Etat d’une synagogue à Budapest, le magazine pro-gouvernemental Figyelo publie en Une la photo du président de la Fédération des Communautés juives de Hongrie submergé sous une pluie de billets de banque. Le Juif-et-le-fric, refrain connu. La Fédération avait refusé de soutenir un projet gouvernemental de musée de la Shoah. Sans doute une coïncidence. Le même magazine a livré, plus tôt dans l’année, une liste de quelque 200 universitaires et journalistes, accusés d’être les relais de Georges Soros. Entendez « les réseaux Soros. »

Le gouvernement Orban a contraint l’Université d’Europe centrale à déguerpir de Hongrie. Trop brillante à son goût, elle faisait de l’ombre, paraît-il, aux établissements hongrois. Au lieu d’utiliser sa présence pour les booster. Un éloge, en somme, à la médiocrité. Quand on pense que Viktor Orban lui-même bénéficia dans sa jeunesse d’une bourse de la fondation Soros. Cela s’appelle mordre la main de son bienfaiteur.

Les organisations non gouvernementales (ONG) d’aide aux migrants ou de lutte anticorruption se trouvent également dans le collimateur. Histoire d’assécher leurs ressources, le pouvoir taxe à 25% leurs fonds en provenance de l’étranger. La Hongrie a rétrogradé de la 71ème place (2017), à la 73ème (2018) au classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans Frontières. Le régime détient quasiment le monopole de l’information. Les médias d’opposition se voient réduits à la portion congrue. Des méthodes similaires à celles déployées en Russie par l’ami Poutine.

Après sa réélection triomphale en avril 2018 (48,8% des suffrages), Viktor Orban a recueilli les vivats enthousiastes de l’extrême droite européenne : Marine Le Pen, Matteo Salvini, Beatrix von Storch, Nigel Farage, Geert Wilders. Le Fidesz, parti d’Orban est pourtant membre du Parti populaire européen (PPE), qui fédère des partis centristes, conservateurs et de centre-droit. Pour la Belgique, le CDH et le CD&V, et pour l’Allemagne, la CDU-CSU de la chancelière Angela Merkel. Le PPE n’a jamais protesté que mollement devant les saillies de son membre hongrois. Il ne semble guère non plus avoir l’intention de l’exclure.

Le tableau serait incomplet sans évoquer l’axe illibéral Budapest / Jérusalem établi par Viktor Orban et Bibi Netanyahou. Ces deux-là s’entendent à merveille. Ils partagent la même aversion des immigrés, des ONG contestataires et de l’opposition en général. Et le même goût pour l’autoritarisme. Excellente raison de, chuuut, ne jamais taxer le premier d’antisémitisme.


[1] Le Soir – 27.12.2018.


 
 

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